Le Sahara-Occidental privé de droits de l’homme

Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara-Occidental (Minurso), sur place depuisavril 1991, vient d’être renouvelé. Celle-ci avait été mise en place afin de superviser le cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario et de faciliter le référendum pour l’autodétermination prévue pour 1992, mais qui à ce jour n’a toujours pas eu lieu.

Cette année, la question des violations des droits de l’homme dans le territoire occupé du Sahara-Occidental a donné lieu à d’âpres discussions au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. En effet, les Etats-Unis ont tenté de faire inscrire dans la nouvelle résolution la nécessité pour la Minurso d’être outillée d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme. Le Maroc et son mentor français ont cependant refusé cette éventualité, Rabat menaçant même d’annuler un exercice militaire prévu conjointement avec les Américains. Washington retira finalement son texte de la résolution finale qui toutefois inclut plus de sémantiques liés aux droits de l’homme que les précédentes.

Cette nouvelle résolution qui pourrait être un avertissement aux autorités marocaines qui persistent dans leur politique de violations des droits de l’homme risquerait de lancer un signal négatif à la population sahraoui, en particulier les jeunes, de plus en plus radicalisés et sans espoir d’une solution pacifique.

Des organisations des droits de l’homme, telles que le Robert F. Kennedy Centre for Justice and Human Rights, ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation des Sahraouis vivants au Sahara-Occidental. Leurs rapports sur la politique marocaine sont unanimes, citant de nombreux exemples d’exécutions sommaires, de disparitions, de tortures, d’intimidations ainsi que d’arrestations arbitraires.

En février, un tribunal militaire de Rabat a condamné 25 Sahraouis à des peines allant de vingt à trente années de prison et la perpétuité pour 9 d’entre eux pour complot et la responsabilité des émeutes de Gdeim Izik, Sahara-Occidental, en novembre 2010. Le tribunal s’est basé sur les seules confessions rapportées par la police, rejetant les accusations de la défense pour qui celles-ci furent obtenues sous la torture. Par ailleurs, il est très difficile pour les observateurs étrangers de se rendre au Sahara-Occidental. Au mois de mars, une délégation de députés européens s’est vue refoulée à l’aéroport de Casablanca sous prétexte d’être proSahraouis.

Contrairement aux autres forces onusiennes de maintien de la paix, la Minurso n’inclut pas d’observateurs des droits de l’homme, Rabat et Paris refusant d’en entendre parler, alors que celle de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), influée par Paris, en sera outillée ! En conséquence, lors d’affrontements entre les civils sahraouis et la police marocaine, comme à Gdeim Izik, les hommes de la Minurso ne peuvent pas rédiger de rapport, ce qui laisse la porte ouverte à tous les excès et violations des droits de l’homme ainsi qu’à des procès expédiés de la part de Rabat.

La dernière réaction franco-marocaine devant la proposition américaine n’est nullement surprenante. Déjà en 2008, un groupe de parlementaires communistes français avait tenté en vain de rédiger un rapport ad hoc sur les violations des droits de l’homme au Sahara-Occidental. Cependant, suite à un lobby agressif conduit auprès de la majorité des députés français par l’ambassadeur marocain de l’époque en France, Fathallah Sijilmassi, ce projet ne vit jamais le jour.

Lors de sa récente visite au Maroc, François Hollande n’a pas manqué de rappeler les liens très étroits qui lient la France et le Maroc, qualifiant ce dernier de «pays de stabilité et de sérénité» et rappelant une «amitié d’une qualité rare pour ne pas dire exceptionnelle entre les deux pays». Concernant le Sahara-Occidental, Hollande renouvela le soutien indéfectible de Paris pour le plan d’autonomie proposé par Rabat. Ce qui fait dire au directeur de Human Rights Watch aux Nations unies, Philippe Bolopion, «entre Paris et Rabat, c’est business as usual». L’occupation du Sahara-Occidental par le Maroc est en totale infraction des lois internationales et la résolution 1 514 des Nations unies qui stipule que «tous les peuples ont le droit à l’autodétermination». Cette résolution 1 514 est en outre supportée par la Cour internationale de justice (CIJ) qui en octobre 1975 déclarait que le Sahara-Occidental n’était pas un territoire sans master (Terra nullius) au moment de sa colonisation par l’Espagne. Pour la CIJ, Rabat n’a donc pas de revendications valides sur le Sahara-Occidental basées sur une quelconque historicité, les lois internationales contemporaines accordant la priorité d’autodétermination aux Sahraouis.

La politique d’occupation et de violations des droits de l’homme conduite par Rabat depuis 1975 est due à une parfaite maîtrise des outils de communications du Maghzen, complétée par un lobbying efficace. Mais elle est surtout rendue possible grâce au support indéfectible franco-américain, qui s’explique par le fait que le Maroc a toujours été considéré comme un allié privilégié des Occidentaux.

Les affrontements réguliers avec les forces de l’ordre marocaines dans différentes villes du Sahara-Occidental occupé ne sont qu’un prélude. Mohammed VI serait bien avisé d’y réfléchir.

Par Abdelkader AbderrahmaneChercheur au sein de la division Prévention des conflits et analyses des risques (CPRA), Institut d’études de sécurité (ISS), Addis-Abéba, Ethiopie

Source: Libération
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Malian tinderbox – A dangerous puzzle

Regional jigsaw pieces are too out of sync for Mali to be able to settle once and for all its internal problems.

A nomad from the Tuareg tribe in Mali. (AP)

On March 22, a coup d’état by the Malian army overthrew President Amadou Toumani Touré.

According to the military junta, the coup was in response to a rebellion by the Tuareg Movement for the Liberation of Azawad (MNLA) which is fighting for autonomy in Northern Mali.

An interim civilian government has since been established but it remains unclear as to who actually is governing Mali.

Ever since, the situation across the country has worsened and al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) and Ansar Dine (Defenders of the Faith) forces have strengthened their presence in the northern region.

Some intelligence reports indicate a growing link between AQIM and the Nigerian terrorist group, Boko Haram (meaning “Western education is sinful”).

Additionally, the MNLA – which was initially in favour of a peaceful solution through dialogue with Mali – is increasingly becoming trapped between the pull of AQIM and Ansar Dine.

Ansar Dine and AQIM forces, in the meantime, have begun destroying centuries-old mausoleums, libraries and mosques classified by the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation (Unesco) as world heritage sites, adding further to the plight of Mali.

As the crisis unfolds, a number of voices have begun questioning neighbouring Algeria’s refusal to intervene, arguing that as the pivotal state in the Sahel region and with the best equipped army, Algeria could lend an all-important hand to the Malian forces.

As a result of Algeria’s non-interference, some officials and analysts have gone so far as to question Algeria’s willingness to fight terrorism in the Sahel.

However, Algeria’s position has been made very clear. Owing to its own history and doctrine of non-intervention, it categorically refuses to become involved militarily in Mali, calling instead for a peaceful solution through dialogue.

Ever since independence in 1962, Algeria has consistently adhered to its non-intervention doctrine, avoiding any likelihood of military escalation in the absence of a direct threat to its own sovereignty.

History bears a large weight on Algeria’s current strategic thinking: having been attacked, colonised and subjugated for a very long length of time itself, Algeria sees little merit in getting involved in the domestic affairs of any other country.

In order to gain a better understanding of this unrest, we ought to widen our analytical scope and adopt a holistic approach to the wider factors that are at play in this unfolding regional crisis.

Various regional jigsaw pieces are out of sync currently for Mali to be able to settle once and for all its internal problems.

Historically, the Sahel has been the theatre of multiple fault lines, be they demographic, military, economic or religious.

These have, in turn, exacerbated tensions and caused inter- and intra-group rivalries among a host of political and military actors. Many of the Sahel states were colonised by France and still remain highly influenced by their former colonial overlords. Many of these countries are also extremely rich in natural resources such as uranium and gold deposits.

Niger, for instance, is the second largest producer of uranium in the world, while Mali is believed to be the third largest gold producer in Africa. The French company, Areva, has a near monopoly in terms of uranium production in Niger.

Similarly, the French oil giant, Total, is planning to drill two wells in Mauritania, west of Mali.

Adding to the complexity of the Sahel crisis, there remain concerns about an obscure terrorist group that goes by the name of Unity Movement for Jihad in West Africa [or Mujao, by its French acronym].

Based in the Sahel, it has made headlines by exclusively targeting Algeria on four occasions in the past year: in its most audacious move, it abducted seven Algerian diplomats in April in the Malian city of Gao.

And only last week, Mujao attacked a gendarmerie barracks in Ouargla.

According to the French secret services, AQIM, Mujao and Ansar Dine have in recent months received financial support from Qatar. And according to Malian sources, members of the Qatari Red Crescent were recently seen in Northern Mali under the protection of Mujao.

Regional leaders in Africa further inflamed the Sahel crisis.

Colonel Muammar Gaddafi of Libya, who was a thorn in the side of French policy, threatened France’s relations with its former African colonies.

By pouring petro-dollars into the Cen-Sad (Community of Sahel-Saharan States) regional grouping, Gaddafi sought to reduce French influence on African countries.

Following Gaddafi’s overthrow, however, the Cen-Sad has now been deprived of much of its financing. Post-Gaddafi Libya, meanwhile, is now closer to the French camp, removing any impediments for France to reactivate its policy in the Sahel.

The changing regional political landscape has now provided Morocco with the opportunity to influence the Sahel states.

In early June 2012, a meeting of foreign ministers of the Cen-Sad group took place in Morocco enabling the latter to showcase its new-found interest in Sahel stability.

Morocco’s elevated role provides France (whose alliance with Morocco is well known) with an even greater opportunity to influence the Sahel.

Expanding French interest may be part-financed by Qatar and potentially other Gulf States in a trade off over business and diplomatic rights.

In return for financial support, France, which has close relations with Qatar, can actively support Qatar’s diplomatic ambitions on the global stage.

It may be useful to remember that Qatar owns a 5% stake in Total as well as a 12.8% stake in the French military and civilian aeronautical manufacturer, EADS.

Furthermore, by throwing its political weight around in the Sahel, Qatar’s Sunni Muslim leadership provides a counterweight to the growing influence of Shia Iran in Africa.

In the past few years, Iran has pursued a policy of establishing closer economic ties with some West African states, such as Senegal, as well as, it has been argued, seeking to spread Shia Islam in Africa.

Iran’s expansionary diplomacy is considered a threat by Sunni Gulf states which are contending with their own minority Shia populations [Bahrain being the exception which has a majority Shia population].

As external powers begin to meddle in the Sahel crisis, a strategic axis is being formed comprising Qatar, France, the US and Morocco.

In 2011, Morocco opened its Guelmim military base to US military forces which enabled the already formidable American military presence in sub-Saharan Africa to grow further still.

The French also have a substantial number of troops in the region, specifically in Senegal, Côte d’Ivoire, Chad, Gabon and Djibouti. With such military strength and strategic advantage, the US and French-backed alliance is expected to dominate the Sahel region in the coming years.

As early as 1910, the Christian missionary Charles de Foucauld understood the strategic significance of the Sahel and drew the attention of the French government to the region’s importance.

His advice to the French military at the time was to pit the whites of the Sahel [the Tuaregs] who appeared to be more receptive to Western civilisation in his opinion, against the blacks [Africans in Mali] in order for France to control the Sahel.

The military option to intervene in Mali is growing.

However, the solution to the Malian crisis remains first and foremost in Mali itself. The country’s military establishment and civilian political elite must overcome their differences and resolve to overcome secessionist demands in Northern Mali.

Abdelkader Abderrahmane is a senior researcher at the Conflict Prevention and Risk Analysis Division of the Institute for Security Studies in Addis Ababa, Ethiopia.

Source: Mail and Guardian

 

Terrorisme et trafic de drogues au Sahel

Pendant longtemps, la région du Sahel était essentiellement concernée et affectée par le trafic et la contrebande de cannabis, principalement cultivé au Maroc. Cependant, depuis le début du XXIe siècle, la partie nord-ouest de l’Afrique est devenue un carrefour de trafic de drogues de toutes sortes, crime organisé, terrorisme et insurrection. Aussi, la prépondérance et le lien entre le crime organisé et le terrorisme a aujourd’hui des répercussions négatives et inquiétantes sur la santé des populations locales ainsi que sur la stabilité, la sécurité et le développement des pays concernés.

Le Sahel et l’Afrique de l’ouest sont incontestablement devenus une plaque tournante pour le trafic international de drogues dures telles que l’héroïne et la cocaïne en provenance d’Amérique Latine et d’Afghanistan. L’une des explications à ce dangereux phénomène toxique est que la région est moins risquée que les routes plus directes entre les pays producteurs d’Amérique du sud et le continent européen qui s’avère être aussi le premier marché de consommation mondiale. En effet, la voie la plus courte d’approvisionnement n’étant pas nécessairement la plus sûre, les barons de la drogue du continent sud-américain utilisent la Highway 10 (en référence au 10ème parallèle) pour pénétrer par l’Afrique de l’Ouest. Ce trafic est en outre aggravé par la présence d’héroïne et cocaïne provenant d’Afghanistan et transitant aussi par cette zone ainsi que la côte est du continent africain. La drogue qui sera ensuite écoulée en Europe est acheminée à travers le Tchad, le Mali, le Niger et le Maroc, dont la porosité des frontières facilite les déplacements. A titre indicatif, et selon l’Office des Nations-Unis contre la Drogue et le Crime (UNODC), en 2009, il était estimé que 21 tonnes de cocaïne d’un montant de 900 millions de dollars et équivalant au PNB de la Guinée et de la Sierra Leone réunies ont transité par l’Afrique de l’ouest.

Ce trafic de drogue est par ailleurs aggravé par les liens tissés entre les narco-trafiquants et les groupes terroristes présents au Sahel tel qu’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), Ansar Dine (Défenseurs de la foi), Boko Haram (l’instruction est illicite) et le Mouvement d’Unité pour le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Trafics d’armes, de drogues et blanchiment d’argent sont devenus monnaie courante entre tous ces groupes. En outre, des liens grandissants se tissent aussi entre les narco-terrroristes présents en Afrique de l’ouest et les groupes mafieux européens tels que la Camorra. En effet, il est établi que la mafia italienne et Al-Qaïda ont coopéré dans un passé récent afin que ce dernier profite de l’expertise de la Camorra pour, par exemple, le trafic de faux documents. A travers ces coopérations, ce sont tous ces groupes qui s’entraident et bénéficient de leurs expertises respectives qui pourront éventuellement se transformer en groupes hybrides comme le sont actuellement les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Les FARC sont en effet un exemple de groupe basé sur une idéologie politique qui, avec le temps, a muté en groupe crimino-narco-terroriste.

En sus du trafic de drogue et d’armes, l’importante contrebande de cigarettes à travers le Sahel est aussi très rémunératrice pour les trafiquants de la région. Les cigarettes qui proviennent d’usines de contrefaçon, principalement du Nigeria, sont distribuées dans la région, au Maghreb, au Moyen-Orient et en Europe. Ce trafic est une source importante de financement pour les groupes terroristes, qui même s’ils ne sont pas toujours et forcément directement impliqués dans ce genre de contrebande, s’enrichissent toutefois en imposant un impôt contre une ‘garde rapprochée’ aux contrebandiers.

Dans ce mélange des genres, les groupes terroristes tel qu’AQMI ont très rapidement compris l’intérêt financier qu’ils pouvaient en tirer en se rapprochant des groupes criminels et autres trafiquants de tous bords, et ce, quel que soit leur points communs. En effet, alors que les actions violentes d’AQMI sont présentées sous des idéaux religieux, le groupe est néanmoins bien plus intéressé par l’appât du gain à travers ses demandes de rançons et autres activités parallèles comme le crime organisé et la contrebande. A ce titre, selon la US Drug Enforcement Agency (DEA), 60% des groupes terroristes étrangers ont un lien avec le trafic de drogue. Pareillement, il est estimé que 80% des chefs Talibans en Afghanistan, combattent pour le profit financier et non pour une quelconque idéologie religieuse.

Par ailleurs, la chute de Qaddafi en Libye et l’instabilité géopolitique régnante qui s’ensuit, ainsi que la perméabilité des frontières qui facilite le passage d’armes d’un pays à un autre a procuré aux terroristes et narco-trafiquants une opportunité supplémentaire de renforcer leur position dans la région, aggravant de ce fait la situation au Sahel.

C’est dans ce contexte dramatique que la prolifération d’armes, de drogues, de trafics de cigarettes et autres produits illicites prend racine au Sahel. Mais ce dévolue sur la région est aussi principalement dû à la faiblesse des états qui composent cette zone géographique, le manque flagrant de surveillance, la porosité des frontières ainsi qu’à la corruption qui gangrène les institutions de ces mêmes états, tel que l’armée, la douane ou la police.

Mais au-delà du fait que tous ces trafics sont d’une manière ou d’une autre liés, c’est sans nul doute et surtout les raisons et les racines derrière ce fléau qu’il est urgent de questionner afin d’y remédier. La misère, la pauvreté, la sécheresse, la famine, l’absence de sécurité alimentaire, l’injustice sociale et le manque de perspective d’avenir sont autant de facteurs favorisant et incitant les populations locales à tomber dans ce piège de l’argent facile et d’une hypothétique vie meilleure. Des trafiquants qui profitent donc du désœuvrement et de la vulnérabilité socio-économique des populations locales pour les convaincre qu’ils peuvent améliorer leur quotidien grâce aux trafics illégaux. Pire, ces différents groupes terroristes et organisations criminelles ne font que contribuer à la souffrance humaine des populations locales du Sahel et d’Afrique du nord tout en mettant aussi en danger les états déjà fragiles du Sahel tel que le Mali ou le Niger.

Afin de combattre ce fléau, la coopération entre les états mais aussi entre les différentes organisations et autres institutions internationales est une condition sine qua non pour obtenir des résultats probants. Par ailleurs, la solution à ce problème se trouve aussi dans l’absence d’éducation dans laquelle la majorité des africains vit. Aussi, c’est en améliorant les conditions de vie des populations locales, de conduire des programmes de prévention et d’éducation et de fournir une assistance humaine et renforcer la bonne gouvernance que les trafic en tous genres en Afrique de l’ouest et au Sahel pourront être, sinon éradiqués, tout au moins, réduits.

Aujourd’hui, cet Océan Sahélien qui émerveillait comme un enfant l’explorateur et scientifique français, Théodore Monod, est en grand danger, devenant ces dernières années, un hub privilégié pour de nombreuses filières criminelles. La mondialisation et la facilitation de communication grâce à Internet n’ont fait qu’exacerber la situation au Sahel où les terroristes et trafiquants en tous genres ont trouvé en cette région un terreau fertile et idéal pour leurs activités illégales.

La coopération grandissante entamée depuis plusieurs années s’accélère entre les groupes terroristes présents en Afrique de l’ouest et les cartels d’Amérique du sud et autres barons de la drogue africains et européens. Cette coopération a indéniablement un effet débilitant sur la région, déjà vulnérable, instable, sous-développée et ravagée par de nombreux conflits et problèmes socio-économiques. L’augmentation des activités criminelles dans la région souligne le besoin urgent d’actions afin de renforcer la souveraineté des Etats concernés. Car il est incontestable que ce trafic en Afrique de l’Ouest est en train de se propager comme une trainée de poudre à travers tout le continent africain.

L’impasse géopolitique dans laquelle se trouve actuellement le Mali est sans nul doute très inquiétante. Mais cette crise qui secoue le pays risque aussi et surtout d’aggraver la situation sécuritaire à travers l’entière région et fournir aux trafiquants et terroristes une marge de manœuvre d’autant plus grande.

Abdelkader Abderrahmane, chercheur à la Prévention des Conflits et Analyses des Risques’, (CPRA) Institut d’études de sécurité (ISS), Ethiopie

Source: Le Monde